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samedi 24 février 2024

article sur le Fonds d'Art Contemporain Agricole de l'Association Clinamen (FACAC) dans le Libé de ce we -dossier sur l'alimentation

A la Courneuve, les "artgriculteurs" en terre ferme

En Seine-Saint-Denis, un «fonds d'art contemporain agricole» fait côtoyer maraîchage et troupeau de moutons aux oeuvres d'artistes. Une réflexion autour de nos pratiques agricoles et alimentaires.

Peut-on apprécier un repas sans savoir d'où il vient? Peut-on se nourrir sans donner en retour? En 2017, la bergère Julie Lou Dubreuilh et l'artiste Noémie Sauve ont créé ensemble le Facac, un fond d'art contemporain qui rassemble sculptures, photographies, peintures ou sérigraphies liées aux questions agricoles et alimentaires. Au-delà de son thème - encore rare dans le milieu de l'art il y a quelques années - sa singularité tient à son ancrage dans une ferme à Clinamen, implantée dans le parc Georges-Valbon, à La Courneuve (Seine­ Saint-Denis). Dotée d'un maraîchage vivrier et surtout d'un troupeau d'une soixantaine de brebis - des Bleus du Maine - «monstres de 90 kg capables d'absorber de grandes quantités d'herbes ultra-azotés» (compétence utile en banlieue parisienne!), la petite exploitation est essentiellement tenue par des bénévoles. Tous sont mus par une même envie : «Bien manger, bien boire.»


Shibari végétal. Qu'on ne s'y trompe pas, l'affaire dépasse la simple question de goût, même si les papilles ont leur importance. D'où vient le contenu de nos assiettes ?

Rapidement, la ferme devient un lieu de recherche sur les pratiques agricoles urbaines.

«Nous avons voulu mettre les pieds dans la boue; ne pas nous en tenir à la théorie, ne pas en rester à un simple "c'est cool de réfléchir à l'alimentation"», résume Noémie Sauve. Dans sa vie comme dans son œuvre, la plasticienne défend un rapport direct à la nourriture, qu'elle expérimente au sein de Clinamen et qu'elle invite à partager. De nombreux artistes (mais aussi scientifiques, étudiants...) sont accueillis à la ferme en résidence, ou lors de simple visite, par exemple pour accompagner une transhumance et récupérer de la laine.


Actuellement, l'argentine lvana Adaime Makac, déjà remarquée pour ses banquets d'insectes (des sculptures comestibles faites de légumes, de bonbons, de fruits et de feuilles, lentement dévorées par des grillons domestiques...), y développe une recherche au long cours sur des calebasses dont elle contraint la croissance grâce à des cordes et autres entraves. Le résultat est à la fois beau, loufoque et douloureux : un shibari végétal, comme une métaphore de la domestication, cette transformation du vivant qui nous nourrit.

Mais si les artistes puisent dans le monde agricole le temps et la matière de leur inspiration, qu'en retirent les agriculteurs? Pour éviter que la ferme faite muse ne soit dépossédée, le Facac formalise un espace d'échange, «afin que tout le monde y trouve son compte». Dans les faits, il s'agit de développer un répertoire d'œuvres prêtées par les artistes et de faciliter leur circulation dans des centres d'art et au sein du milieu agricole, sur les lieux de production, de formation, sur des marchés, des salons, etc. Car pour Noémie Sauve, l'art permet aussi de lever les tabous du milieu agricole. Une liberté précieuse : «On peut critiquer, dénoncer les pratiques d'abattage ou l'usage de pesticides, sans que cela fragilise les agriculteurs.»


Si le Facac est encore un work in progress, une vingtaine d'événements (débats dans des exploitations, participation à des expositions) ont été organisés, et une cinquantaine d'œuvres y sont déjà rattachées. Ainsi des Non Flowers de Thomas Pausz, petits artefacts aux géométries fractales qui formalisent la vision de pollinisateurs, actuellement présentées au centre d'art Le Cube de Garges-lès-Gonesse (Val-d'Oise) ; ou des délicats dessins incrustés de semences paysannes de Noémie Sauve, ou encore de la série de tirages tirée du projet Eumélanine d'Apolline Grivelet, visant à créer une lignée de poules de plus en plus noires (sic !) à l'aide de croisements de races déjà existantes. Une manière de mettre en lumière les processus de sélection du vivant, et d'interroger l'arbitraire esthétique de la «race» : un animal peut-il être une œuvre d'art?

Place de l'animal. «L'agriculture est un grand catalyseur: c'est l'endroit où l'écologie, les rapports d'autorité, les flux économiques, sont mis à l'épreuve.» Dans l'atelier où elle entrepose une partie des œuvres prêtées, Noémie Sauve, qui porte sur ses épaules une grande partie du fonctionnement du fonds, rappelle l'importance de donner à voir nos besoins premiers (manger), quand ces derniers sont devenus invisibles dans nos villes. Qui peut encore embrasser du regard la production de ce qu'il mange ? C'est d'ailleurs l'un des rôles du troupeau de Clinamen, que de montrer à un large public d'urbains la place de l'animal dans notre alimentation. Et en observant la vie des brebis, on voit la ville autrement : les platebandes d'herbes deviennent des espaces comestibles, les tracés routiers des obstacles, les friches de potentielles ressources ou des passages pour les bêtes...


Aux yeux de la bergère Julie Lou Dubreuilh, il est urgent que les artistes investissent davantage les questions alimentaires, pour rappeler la part sensible d'une agriculture «trop guidée par les chiffres», et surtout pour recréer du lien entre les paysans et les 99 % restant de la société - deux mondes quasi étanches qui se parlent peu et se connaissent très mal.

«L'agriculture nous concerne tous, c'est l'essence du moteur!», martèle celle qui aspire à un service public de l'agriculture. Lauriane Gricourt, directrice du Frac toulousain les Abattoirs, qui présente plusieurs artistes du Facac dans sa prochaine exposition «Artistes et paysans, battre la campagne», nomme «artgriculteurs» ces créateurs qui embrassent la production agricole et l'ancrent dans leur art. Une démarche qui existait déjà dans les années 70, mais qui refait surface plus récemment - l'urgence environnementale n'y est sans doute pas étrangère. «Artgriculteurs» : l'appellation va plutôt bien à nombre d'artistes du fonds de Clinamen, qui poursuivent l'exploration des liens féconds entre art et alimentation. «L'idée est que deux métiers économiquement fragiles s'accompagnent, se soutiennent mutuellement», avec pourquoi pas un pourcentage sur des ventes d'œuvres versé à des activités paysannes, aspire Noémie Sauve...




 

jeudi 18 janvier 2024

Ce qui tient la matière et ce qui nous la renvoie

"ce qui tient la matière et ce qui nous la renvoie"
dessin d'observation en lumière du jour
extrait de croûte de bombe volcanique
2022
crayon de couleur
61 x 80 cm
réalisé dans le cadre de la résidence The Possible Island


 

mercredi 10 janvier 2024

obsidienne galactique avec terre de Vulcano





cristal et radioactivité
2023
9x8x3 cm
Réalisé dans le cadre de la résidence The Possible Island à Vulcano
photo @ Claire Curt
vues lumière blanche et lumière UV


 

Astre

 

Astre
2023
57x76 cm
sable noir volcanique, pastel sec et colle de peau de lapin sur papier
réalisé dans le cadre de la résidence The Possible Island à Vulcano

mercredi 27 décembre 2023

Dessins avec semences paysannes série 2/ VULCANO (2023)

Depuis plusieurs années j’intègre des semences non stérilisées dans mes dessins pour transmettre librement les semences paysannes en dehors des circuits contrôlés, qui interdisent selon les fluctuations des lois, leur circulation et de manière permanente leur ré- ensemencement par les paysan•ne•s professionnel•le•s. C’est une manière à la fois de défendre leur valeur comme inestimable et de les insérer dans des iconographies immobiles pour contraster avec leur potentiel vivant, leur éventuelle émergence, comme un motif vivant dans l’image fantasmée figée du dessin.

Ici les semences viennent de Piano, ancien cratère sur les hauteurs de Vulcano qui est une zone qui fonctionne avec une gestion particulière de l’eau, les semences comme les habitant•e•s ont développé une forme de résistance dans un paysage qui s’impose à l’humain. Eaux chaudes dans les sols pour les plus chanceu•ses•x qui ont des puits sur les zones basses et donc une nécessité de s’adapter via des infrastructures souterraines pour refroidir les eaux réchauffées par le volcan, et une nécessité de recueillir l’eau de pluie, voir d’organiser des acheminements d’eau via des citernes qui viennent de Milazzo – par exemple – pour survivre dans les hauteurs. De manière générale une eau courante qui existe de manière localisée et s’installe depuis seulement quelques dizaines d’années.

Donc une façon de vivre contemporaine qui reste finalement proche du rythme proposé par la nature elle-même. Les graines s’adaptent tant bien que mal dans les jardins, la plupart des habitant•e•s cultivent elles/eux-même leurs légumes ou ont des productions familiales et Vulcano devient un refuge pour des semences capables de vivre avec moins d’eau, voir. pas d’eau…Comme une tomate du passé, comme une tomate du futur.

Les éruptions vulcaniennes, projetant des grosses bombes volcaniques à parfois plusieurs kilomètres ont chassé déjà plusieurs exploitants agricoles, et la régénération des sols se fait par « jachère contrainte » par le feu ou par la fuite! Les bombes vocaniques sont les garantes de ces zones indépendantes qui protègent à la fois les humains des règles qui s’imposent à une idée d’éternité, mais aussi aux sols agricoles qui ont fait l’identité de l’île et des semences locales. Les vignes sont saupoudrées de souffre par le volcan lui-même par voie aérienne, la pierre ponce des "gazs emprisonnés dans la lave" retient une eau nécessaire aux cultures, et nous, humains, donnons à tout, un autre usage aux choses, qui n’ont pourtant pas émergé dans le but de nous servir.

Les grands dessins (publication estampages semences dessins) avec les estampages de bombes volcaniques incarnent ce volcan destructeur et fertilisant, un personnage planétaire avec lequel nous cuisinons le monde.


Les références au classement UNESCO posent des questions sur nos nécessités de classement de la nature pour la protéger. Comme un prolongement de toutes nos pratiques administratives qui s’organisent même sur des terres bouillonnantes que la cyclicité emporte pourtant plus que tout.


ci-dessous:

« L’intérêt de la candidature porte sur le fait que les Îles Éoliennes sont un exemple exceptionnel de construction et de destruction d’îles par le volcanisme (…) »

Additif candidature UNESCO 1999

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2023

Mine graphite, stylo bille rouge et semences paysannes de tomates de Giuseppe Livio sur papier quadrillé

12,2 x 21 cm

Réalisé dans le cadre de la résidence The Possible Island à Vulcano

ci-dessous:

Poches de fluides et faiblesses

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2023

Mine graphite et semences paysannes de tomates de Giuseppe Livio sur papier quadrillé

12,8 x 21 cm

Réalisé dans le cadre de la résidence The Possible Island à Vulcano

ci-dessous:

« Il y a différents épisodes volcaniques, mais ça reste un seul édifice »

d’après Sophie Pailot

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2023

Mine graphite, stylo bille bleu et semences paysannes de tomates de Giuseppe Livio sur papier quadrillé

12,7 x 21 cm

Réalisé dans le cadre de la résidence The Possible Island à Vulcano

ci-dessous:

« Critère : processus géologiques 

La candidature ne porte pas directement sur ce critère. Il est noté que les Îles Éoliennes ont une longue histoire d’occupation des sols puis d’abandon qui a entraîné un processus de restauration du maquis en cours. L’UICN considère que le site Isole Eolie ne satisfait pas à ce critère. »

Additif candidature au PATRIMOINE MONDIAL. 1999

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2023

Mine graphite, stylo bille bleu et semences paysannes de tomates de Giuseppe Livio sur papier quadrillé

12,7 x 21 cm

Réalisé dans le cadre de la résidence The Possible Island à Vulcano

ci-dessous:

Les roches s’écaillent

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2023

Mine graphite, stylo bille bleu et semences paysannes de tomates de Giuseppe Livio sur papier quadrillé

12,5 x 21 cm

Réalisé dans le cadre de la résidence The Possible Island à Vulcano

ci-dessous:

L’émergence de l’édifice… ou pas…

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2023

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Mmine graphite, stylo bille, crayon de couleur et semences paysannes de tomates de Giuseppe Livio sur papier quadrillé

12,7 x 21 cm

Réalisé dans le cadre de la résidence The Possible Island à Vulcano

ci-dessous:

« Au niveau du champ de fumerolles, il y a une remontée d’une cheminée de fluides, qui vient du magma, qui est à quoi… 2, 3 km de profondeur. Ce qui est très proche d’un point de vue géologique »

d’après Sophie Pailot

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2023

Mine graphite et semences paysannes de tomates de Giuseppe Livio sur papier quadrillé

12,7 x 21 cm

Réalisé dans le cadre de la résidence The Possible Island à Vulcano

ci-dessous:

« Le plus ancien dépôt qu’on ait trouvé c’est 127 000 ans »

d’après Sophie Pailot

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2023

Mine graphite, crayon de couleur et semences paysannes de tomates de Giuseppe Livio sur papier quadrillé

12,9 x 21 cm

Réalisé dans le cadre de la résidence The Possible Island à Vulcano

ci-dessous:

Il y a un phénomène qui est assez impressionnant ici quand on arrive en bas, là où les habitations dépendent de l’eau des puits, toute l’eau qui est tirée du sol peut monter à 30, 40, 50°C ! Parce-qu’elle est chauffée par la terre, par le volcan. Dès qu’on utilise l’eau, ce conducteur un peu magique du vivant, elle est toujours chaude, là aussi, on est dans une ambiguïté entre fertilisation et en même temps quelque chose qui peut détruire par sa chaleur (…) Donc il y a tout un système de cuves, sous les maisons, qui refroidissent l’eau, les unes derrière les autres, pour pouvoir l’utiliser. Grâce à ma rencontre avec quelques pratiques agricoles de l’île, on se rend d’autant plus compte de son rôle global, de l’identité « tampon » qu’est l’eau, mais aussi d’autres espèces de marqueurs de fragilité et de force comme ça.

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2023

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mine graphite, stylo bille, crayon de couleur et semences

paysannes de tomates de Giuseppe Livio sur papier quadrillé

21 x 26 cm

Réalisé dans le cadre de la résidence The Possible Island à Vulcano

ci-dessous:

Argumenter le vivant

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2022

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Mine graphite, stylo bille rouge et semences paysannes de tomates de Giuseppe Livio sur papier quadrillé

21 x 26,2 cm

Réalisé dans le cadre de la résidence The Possible Island à Vulcano


 

podcasts ADMIRATIO au DRAWING LAB

 retrouvez les podcasts de l'exposition admiratio au Drawing Lab:

Admiratio — Rencontre 1 " Du terrain à l'atelier : la fabrique des oeuvres "

Revivez la première rencontre de l'exposition Admiratio de Noémie Sauve.
Une discussion entre l'artiste Noémie Sauve , la commissaire d'exposition Anne de Malleray et Sophie Pène. Cette discussion est un partage sur la vision d’une pratique artistique ancrée sur des terrains d’enquêtes ainsi que le rapport entre la nature et la création.

Revivez la seconde rencontre de l'exposition Admiratio de Noémie Sauve.
Un dialogue entre l'artiste Noémie Sauve , la commissaire d'exposition Anne de Malleray et Joshua De Paiva sur l’enjeu qu’il y a de tenir ensemble, curiosité scientifique et expérience sensible ; et du rôle possible de l’art et de l’expérience esthétique dans le contexte d’une crise de nos relations au vivant.

Présentation de l’exposition — Anne de Malleray

Pour ce premier podcast de la série Admiratio, c'est la commissaire d'exposition, Anne de Malleray, qui vous présente l'exposition.
🚤Pour ce second podcast de la série Admiratio, c'est au tour de l'artiste de vous parler de son exposition.
Pour cet épisode, Noémie Sauve nous parle de l'expédition et de la série d'oeuvres issues de la résidence Tara Pacific.
🌋Pour ce troisième podcast de la série Admiratio, Noémie Sauve nous parle de l'expédition sur l'île Vulcano, une île volcanique au sein de l'archipel des îles éoliennes.
Pour ce quatrième podcast, l'artiste Noémie Sauve vous explique tout sur la galvanoplastie, une technique que l'on retrouve beaucoup dans sa pratique artistique !
Pour ce cinquième podcast nous retrouvons Noémie Sauve, pour découvrir cette fois le travail autour des obsidiennes fluorescentes présentes dans son exposition Admiratio au Drawing Lab.