jeudi 9 juin 2016
DOMESTICATION VS PLEINE LUNE / Panoplies
sélection de gravures "feutrées"
série 1=38x28,50cm/// série 2=32,50x25cm
@Noémie Sauve / photos Katrin Backes
réalisé avec le soutien de la Fondation François Sommer
Peaux de Sculpture noires
peau de sculpture-oeil gauche de sculpture (petit)
42,5x34cm
Collection particulière
(réf.72)
Collection particulière
(réf.72)
peau de sculpture-oeil droit de sculpture (grand)
56,50x47cm
éclats de peau de sculpture
63x49cm
peau vernie
30x43cm
Les Peaux de Sculptures noires sont des peaux en colle de lapin, empreintes
de sculptures pressées sur des feuilles
de papier de soie puis peintes à l’huile
Peaux de Sculpture blanches
peau de sculpture n°2
38x28cm
peau de sculpture n°10
38x56cm
peau de sculpture n°8
38x56cm
peau de sculpture n°5
38x56cm
les peaux de sculpture sont des estampes gaufrées d'empreintes de sculpture en colle de peau de lapin, réhaussées de dessins au crayon et au stylo bic
@Noémie Sauve / Photos Katrin Backes
DOMESTICATION VS PLEINE LUNE / Clinamen - sélection de mises en scènes des sculptures pendant les événements de l'association en transhumance urbaine, à St Denis 80zetrei! (poulailler-maraîchage...) et à la Cité Universitaire de Villetaneuse (moutons-vignes-maraîchage, foins...)
CLINAMEN 'Dynamise les territoires urbains par la promotion de pratiques paysannes'
Ces Photos ont été réalisées en argentique avec le soutien de la Fondation François Sommer l'Association Clinamen a été crée en février 2012 à Saint-Denis (93) avec la volonté d'en faire une cellule de recherche et développement autour de l'agriculture urbaine. Le fonctionnement est entièrement bénévole.
Je cite Guillaume Leterrier de l'association lors des journées de labour en décembre 2015 à la cité Universitaire de Villetaneuse:
"Etant donné les circonstances, nos amis vignerons mais aussi associés de la cuma du Centaure, une nouvelle fois nous ont prété main forte pour un labours, à huit clos.
Olivier Cousin, Eric Dubois et Philippe Delmée, ainsi que leur fidèles équidés, durant deux jours, ont versé sang et eau, pour préparer l'implantation de nos 4500 pieds de vignes le printemps prochain. Rassasiés par Emmanuel Chavassieu, qui nous a régalé de ses saucisses au couteau dantesques, tandis que l'Atelier Tampon exitait nos papilles des vins vivants des nombreux vignerons qui déjà soutiennent au delà des mots notre projet et dont on est plus qu'honorés. Tandis que le soir, clinamen sortait de ses frigos ses meilleurs morceaux de moutons, pour une déclinaison orientale gastronomique par l'entremise d'Emi. des souvenirs, sans aucun intrant, ni sulfite, émus et des convives bien vivants. Un petit passage par l'institut de géographie de la Sorbonne pour une discussion/conférence/débat/dégustation sur les vins natures.
D'ici là, nous autres et les différents volontaires et associés à ce
projet devront implanter échalas, arbres frutiers, et légumes afin de
redonner à ce lopin de terre des airs de jardin potager vigne.
Ici les liens de ceux qui nous ont sustentés sur cet evennement:
La Cuma des Centaures : http://www.fildesterritoires.fr/…/1314-a-souzay-champigny-l…
Eric Dubois du clos cristal: http://www.clos-cristal.com/
Olivier Cousin: http://www.legarageavins.com/vins_bio_et_naturels__anjou__o…
Philippe Delmée : http://www.enjoueconnection.fr/…/philippe-delmee-aurelien-…/
Emmunel chavassieux : http://www.papasapiens.fr/emmanuel-chavassieux-inclassable…/
Atelier Tampon Nomade : https://www.facebook.com/marc.fevre.39
g."
Merci à eux et aussi à Julie-Lou Dubreuilh, Simone Schrieck, Pauline, Valentin, Phoebus, et tous les autres membres de Clinamen!
Ici les liens de ceux qui nous ont sustentés sur cet evennement:
La Cuma des Centaures : http://www.fildesterritoires.fr/…/1314-a-souzay-champigny-l…
Eric Dubois du clos cristal: http://www.clos-cristal.com/
Olivier Cousin: http://www.legarageavins.com/vins_bio_et_naturels__anjou__o…
Philippe Delmée : http://www.enjoueconnection.fr/…/philippe-delmee-aurelien-…/
Emmunel chavassieux : http://www.papasapiens.fr/emmanuel-chavassieux-inclassable…/
Atelier Tampon Nomade : https://www.facebook.com/marc.fevre.39
g."
Merci à eux et aussi à Julie-Lou Dubreuilh, Simone Schrieck, Pauline, Valentin, Phoebus, et tous les autres membres de Clinamen!
dimanche 27 mars 2016
texte de Bernard Goy /// Inspecteur Conseiller pour les Arts Plastiques à la DRAC Alsace Champagne Ardenne Lorraine, Chargé d'enseignement spécialisé à l'Université de Strasbourg, Faculté des Arts
NOÉMIE SAUVE
Ce qui tremble et palpite
L'oeuvre de Noémie Sauve explore le registre singulier de l’animalité, à la fois par l’iconographie et le traitement foisonnant et sensuel, voire baroque, des figures.
Le plus souvent chimériques, celles-ci anticipent, ou préviennent, selon que l'on y souscrit ou que l'on s'y oppose, les mutations potentielles dont nous ressentons confusément l'approche, sinon l'imminence.
Dans cette œuvre, souvent les représentations animales sont traitées sur le mode de la déploration, ou au moins selon des modes opératoires inattendus. Le sujet paraît saisi dans l'instant ou au contraire mis en scène dans toute l'étrangeté de son espèce, dépouillé d'anthropocentrisme. C'est ainsi qu'il se produit, dans une condition d'apparaître sans annonce ni protocole : ombre, couleur, forme, objet, sujet, tout cela ensemble et déjà autre chose, alors que le regard qui se pose sur ce travail hésite, entre la reconnaissance d'un animal improbable et le plaisir de rester en deçà, à la surface du dessin et de sa réjouissante fantaisie graphique. En s'aidant des titres, il est possible de déceler une figure animale intelligible dans la masse grise qui se montre, ou bien, tel le chasseur bredouille, de la frôler sans la voir, alors que tapie dans la frondaison des fusains, elle sourd dans le dessin suivant.
Dans les grands formats en particulier, la gestuelle alliée à la précision restituent ensemble une brutalité toute phénoménologique de ce qui survient, sans se nommer encore, et une qualité onirique, propageant un sentiment diffus. Ca ressemble pourtant à quelque chose que l'on connaît, ou plutôt à quelque chose que l'on a connu, nous-même étant enfants, ou plus sûrement nos parents, une rencontre soudaine en fin de journée, avec au détour d'un champ, au retour d'une promenade, entre les maïs, tout à coup, un renard, un blaireau, ou une martre aux petits yeux qui fixent comme des onyx.
Et malgré la trace du geste et la bidimensionalité, un fort indice de réalité se manifeste, étrangement, un peu comme dans l'effet culturel du noir et blanc photographique.
On a envie de respirer tour à tour les parfums du soir s'élevant à la fraiche ou encore l'odeur forte de la fumée du bois brulé exhalé par la cheminée d'une masure, un froid matin d'hiver dans un paysage enneigé de Brueghel. Ca rode alentour.
Alors très vite une question se pose : comment s'opère ce travail de restitution longue et lente, par un dessin précis, d'une expérience immédiate et brève ? Car même si elle a pu travailler à partir d'images, Noémie Sauve retrace une expérience de la présence réelle dans ses dessins.
Le pelage d'un lièvre, mâtiné d'une autre bête à peu près indescriptible, porte à la fois des brindilles de lichens, le stress de la course effrénée qui le hérisse, et le souvenir de Dürer. Et s'il est vrai que la plupart des artistes assument un héritage ininterrompu, cette œuvre a des aïeux : Franz Marc entre autres, dont Noémie Sauve retrouve intuitivement et sans la connaître l'entreprise empathique si romantique. Après ses tableaux de chevaux, l'artiste expressionniste allemand avait pour projet de peindre non plus l'animal mais d'en épouser la vision supposée, la peinture confinant alors à l'abstraction, bien que paradoxalement déterminée par le corps, un corps d'emprunt . Il y a du chamanisme dans cette empathie partagée à son tour par Noémie et d’autres singuliers d’une histoire de l’art, dont a pu rendre compte, par exemple, Laurence Bertrand-Dorléac dans son livre L'ordre sauvage. Jusqu'à l'empathie physiologique inédite dans l'œuvre de Art Orienté Objet.
Noémie Sauve préfère la transposition d'une sensation et, ce faisant, se rapproche peut-être davantage de certains tableaux de Francis Bacon, où l'hirsute côtoie le savoir faire académique. Elle inscrit aussi parfois quelques mots dans l’espace de la fiction, des sortes de titres, souvent des références poétiques, ou encore de pures notations informatives. Lorsqu'apparaît le mot « mirador », il désigne l'expérience d'une chasse à l'affut et à l'arc dans les Ardennes, mais surtout l'immersion pendant plusieurs semaines dans le monde sauvage, non pas celui des grands espaces autrefois exotiques du National Geographic, mais celui tout proche des grands espaces exotiques désormais, traversés à 385 km/h par chacune et chacun, les yeux rivés au minuscule écran d'un smartphone dans l'habitacle climatisé d'un TGV.
Après avoir élu domicile dans le village devenu célèbre grâce à eux et notamment à un certain tableau de Jean-François Millet, les artistes de l'école de Barbizon alertèrent Napoléon III sur l'urgence de maintenir et protéger la forêt de Fontainebleau.
Après avoir planté un chêne à Cassel en 1982 lors de la Documenta 7, Joseph Beuys espérait que 7000 chênes en tout seraient plantés par les témoins et les descendants des témoins de son acte ; une association maintient toujours vivant le projet aujourd'hui.
Dans notre monde plus horizontal, plus féminin aussi, où les empereurs et les héros sont fatigués, Noémie Sauve, comme d'autres artistes ou actrices et acteurs du monde qui vient, est engagée dans une aventure agraire originale, d'où elle tire les « graines paysannes » insérées à ses travaux graphiques sur l'animalité.
Mais son engagement n'est pas le sujet de son œuvre, comme trop souvent l'engagement bien pensant peut tenir lieu de sujet, voire de qualité, à des démarches vélléitaires.
Si sujet il y a, il est multiple, pluriel, insaisissable. Au didactique lièvre mort de Beuys, elle substitue les sauts innombrables des lièvres à l'aube, vivants et réels, décorants les clairières de leurs jolis excréments et cependant mythiques, puisqu'invisibles au plus grand nombre et, un jour peut-être, disparus.
Plus preste encore si c'est possible, le sujet serait peut-être le frôlement d'un vol d'engoulevent dont il lui faudrait restituer toute la complexité sur le papier, sans peser plus qu'une plume.
Loin de toute littéralité appuyée, cette œuvre n’en est pas moins en prise avec une réalité anthropologique et politique de notre temps, à savoir l’écart inédit creusé par notre société entre animalité et humanité, dont on voit qu'il menace également l’une et l’autre.
Bernard Goy
Strasbourg, mars 2016
Bernard Goy est Inspecteur conseiller pour les arts plastiques à la DRAC Alsace Champagne Ardenne Lorraine, Chargé d'enseignement spécialisé à l'Université de Strasbourg, Faculté des Arts, depuis 2007
Directeur du FRAC Ile de France de 1993 à 2005
PAST, Université Paris IV Sorbonne (2005-2006)
PAST, Université Paris VIII Saint-Denis (2003 - 2004)
Chargé de cours, Université Paris X Nanterre (1995-2005)
mercredi 23 mars 2016
Muses De Mars //// Carte Blanche dans "REVUE & CORRIGÉE n°107"
manipulations actuelles d'atelier et ses muses
pour un recueil des pensées expérimentales en action
Muses de Mars: Clinamen, Instatistique Nu n°3 Julia, Jolly Rogers (Goutte de Prétention),
Impression de paysage et, par exemple, Fluo Blanc et animaux émerveilleux des natures.
DISTRIBUTION
dimanche 13 mars 2016
Texte de Raphaël Abrille /// Conservateur Adjoint du musée de la Chasse et de la Nature à Paris
Noémie
Sauve, Modes d’emploi
Si l’aménageur
et l’urbaniste pensent le territoire pour tous, ils ne l’adaptent pas
nécessairement à chacun… Plus l’individu s’écarte de la norme statistique qui
définit les comportements et les usages communs, moins il est susceptible de
s’épanouir pleinement dans cet espace partagé. La place laissée aux autres
composantes – non-humaines – du
vivant dans nos cités est très révélatrice de cette tension entre la norme et
la marge. Si le Tiers paysage cher à Gilles Clément fait son chemin dans les
consciences et tend à laisser plus de « champ libre » à la
spontanéité de la nature dans les squares, parcs et jardins, l’adaptation et la
clandestinité restent les modes majeurs d’ « être en ville »
pour la vie sauvage. Aussi n’est-ce pas le moindre des émerveillements du
citadin que de surprendre la capacité du vivant à se jouer des contraintes
urbaines pour naître, pousser ou grandir, niché au coin d’une fenêtre, planté
dans un interstice de macadam ou caché dans un conduit d’aération.
Le travail de Noémie Sauve procède de cet émerveillement autant
qu’il entend le susciter. Partant d’un questionnement fondamental sur la
manière d’habiter un monde aujourd’hui largement anthropisé, l’artiste
multiplie les initiatives visant à pouvoir occuper le territoire par le simple
fait d’y exister. Les actions qu’elle
met en œuvre sont aussi diverses que l’expérience du squat (à Grenoble),
foisonnant d’activités publiques (concerts, conférences, réunions de quartier, partages
de compétences…) ou que
la mise en scène performative et collective de ses premières œuvres dans les
rues de Paris. Elle en tire ses incunables Disconographiques (depuis 2006) – aimable collage pop-surréaliste de
« disco » et de «
iconographique ». Elles prennent la forme d’une séries de photographies
documentant l’énergie d’un « je danse donc je suis » (inspiré du DJ
Culture d’Ulf Poschardt – 2002) dans des rues et sur
des places qui ne demandaient, hélas, pas tant... Son implication dans
l’association Clinamen qui, depuis 2012, s’efforce de dynamiser les territoires
urbains par la promotion des pratiques paysannes en ville, procède de la même
volonté de mettre les arts plastiques au service d’un collectif citoyen… Parmi
les multiples actions de Clinamen, celle qui consiste à faire paître des
troupeaux de moutons dans plusieurs villes de la banlieue parisienne au gré de
leur transhumance urbaine, est sans doute la plus signifiante et médiatisée. En
imposant la présence d’animaux d’élevage dans un contexte a priori impropre à
les recevoir, Clinamen entend porter l’agriculture au milieu des gens des
villes, questionnant la manière d’habiter
la cité et de s’y nourrir en initiant des moments de partage autour des
enjeux contemporains de l’agriculture. A ce collectif qui incarne physiquement
les thèmes qui lui sont chers, Noémie Sauve tente de donner un terrain de représentation « disconographique »,
notamment en incluant des graines issues des légumes cultivés par l’association dans certains de ses dessins à des
fins de diffusion de cette matière première paysanne. Elle s’investit autant
que possible dans les actions du collectif, créant un mobilier urbain pour les
transhumances ou participant ponctuellement à la mise en œuvre des structures
qui abritent les activités agropastorales de l’association : bergeries, serres ou
hangars.
Noémie Sauve exerce également ces pratiques constructives au
sein du collectif Jolly Rogers, composé d’architectes, d’urbanistes, de chefs de chantiers, de paysagistes
et d’artistes qui conçoivent et bâtissent certaines structures d’accueil du
festival Jazz à Luz
ou encore des bergeries urbaines. Ces
structures s’entendent, pour Noémie Sauve, comme autant d’architectures
improvisées et temporaires mettant en œuvre des matériaux de récupération
rassemblés en grande quantité afin de ne jamais sacrifier l’esthétique du résultat à
l’économie des moyens. Elle y éprouve, outre l’intégration au paysage, les
objets, les outils, le matériel et les matériaux qui vont occuper une place si
singulière dans son travail plastique d’atelier. Ce n’est à l’évidence pas un
hasard si, après quelques années nomades d’un apprentissage volontairement plus
expérimental qu’académique, entre Lyon, Grenoble, Paris et le Québec, l’artiste
met tant de soin à choisir l’atelier qui sera à même de recentrer sa pratique
personnelle. Elle jette son dévolu, en 2011, sur les ateliers Paul Flury à
Montreuil-sous-Bois, structure qui met à la disposition des artistes qui y
travaillent un vaste échantillonnage d’outils de production : fonderie, fours,
ateliers de moulage, de soudure, de taille… Désormais « obsédée
par l’atelier », Noémie Sauve éprouve sa boulimie du « faire »
et expérimente sans relâche. Elle mêle avec une égale aisance une intense
expérience du dessin – pratique directe dont la spontanéité est soutenue par
son goût pour l’improvisation au fil des pages de nombreux carnets
expérimentaux – à des procédés mécaniques complexes. Ainsi, La Bête (2015), tête de canidé obtenue en taille
directe sur un bloc de marbre de Carrare crayonné a posteriori, fait l’objet d’une
manipulation aussi savante qu’expérimentale pour obtenir la série des Peaux
de sculptures (2015) : gaufrages
passés sous presse à partir d’empreintes de la sculpture confectionnées
en pâte à modeler et enduites de colle de peau de lapin, puis repris à la mine
graphite et aux crayons de couleur. Dans ce mode d’emploi vertigineux, chaque étape
de la réalisation mobilise le sens de l’improvisation inné de l’artiste, réinventant sans cesse un processus
qui lui donne à rebondir encore et toujours et à brouiller les catégories
techniques. Qu’est-ce qu’une Peau de sculpture : une estampe, une empreinte, un dessin, une sculpture ?
L’outil, en ce qu’il permet son action artistique –
architecturale ou plastique – occupe une place importante chez une artiste qui,
selon son propre aveu, « chemine avec l’artisanat ». Elle se révèle
en particulier en 2014-2015, lors d’une résidence dans le domaine de Belval
(Ardennes), ancien terrain de chasse des fondateurs du musée de la Chasse et de
la Nature reconverti en centre de formation, de recherche en éco-éthologie et
d’expérimentation artistique. Dans ce territoire paradoxal, aussi sauvage que
cultivé, à mi-chemin entre la forêt primitive et le parc de château, où se bousculent les usages et les
représentations de la nature, Noémie Sauve suit notamment les participants à un
stage de tir à l’arc. Elle initie un projet « entre chien et loup »,
intitulé Domestication vs Pleine
Lune. Les travaux issus de son séjour déclinent et décomposent,
entre autres choses, les outils nécessaires à l’archerie. Les flèches, les
décocheurs, les viseurs et les bagues d’archer sont réinterprétés et
déconstruits en de multiples techniques plastiques : dessins, estampes ou
sculptures. Ces dernières convoquent l’étain, le verre, le bronze et la
céramique pour former la série des Animaux à nourrir, hybrides zoomorphes aux formes préhensiles, armes
menaçantes à la merci d’une trop forte pression
des doigts de qui les brandissent.
Cet attachement à l’outil avait déjà fait l’objet d’un dessin,
parmi les plus spectaculaires de Noémie Sauve, produit à l’occasion d’une
résidence au centre d’art L’Aparté, près de Trémelin (Ille-et-Vilaine), en
2014. L’Attelage
(2015) résulte d’une proposition d’étude de territoire inscrit dans la lignée
du questionnement de l’artiste sur les enjeux de la cohabitation et du partage
de l’espace entre l’humain et le non-humain. Appliquée par l’artiste au domaine
de Trémelin, forêt récemment aménagée pour l’écotourisme, cette recherche
s’attarde sur l’une des distractions proposées aux usagers du lieu : les
courses de chiens de traineau. Mettant en œuvre de complexes attelages de
samoyèdes et de chiens esquimaux du Groenland, ces courses fascinent l’artiste
par la violence tourbillonnante de la meute autant que par les moyens matériels
(harnais, colliers, longes…) qu’il convient de mettre en œuvre pour canaliser
l’instinct animal au profit du divertissement.
Noémie Sauve apparie son esthétique à une forme de lyrisme
baroque dont témoigne la mise en scène précoce et délirante, devant le Centre
Pompidou, de son tableau La
Danseuse, en 2007. Elle en conserve l’image photographique en
exergue à son blog, comme une auto-injonction permanente à ne pas trop verser
dans le « romantisme » que pourrait susciter le labeur solitaire de
l’atelier. « C’est beaucoup de travail pour être aussi proche du mauvais
goût et aussi chargé sans verser dans le kitsch » confesse celle qui
emploie toujours crayons de couleurs et paillettes dans ses dessins ou met
volontiers en scène ses sculptures sur fond de nuées pop-psychédéliques (Ours
hydrocéphale, 2014). Ce choix esthétique
revendique une finalité politique. Par l’émerveillement qu’il suscite, il
entend rendre accessible au plus grand nombre l’iconographie parfois complexe que
propose l’artiste, sans avoir nécessairement recours au mode d’emploi qui
définit une part du paradigme de l’art contemporain. Il peut se substituer,
dans le dessin Végétal
vs Minéral (2015), au propos
– autrement mais également politique – que l’artiste tient face aux choix
d’aménagement du domaine de Trémelin. Planté, à des fins d’agrément, d’essences
résineuses incapables de s’enraciner dans le sol schisteux qui les accueille,
il est délaissé par des agents forestiers embarrassés des maigres ressources
économiques qu’il procure et indifférents à des enjeux touristiques qui ne
relèvent pas de leurs compétences. La forêt voit ses sentiers de promenade
progressivement encombrés d’arbres que le moindre coup de vent déracine.
Le cimetière d’arbres de Trémelin métaphorise singulièrement les
conflits d’usages du territoire si familiers aux questionnements fondamentaux
du travail de Noémie Sauve. Avec Végétal vs Minéral – titre
comme toujours soigneusement choisi – elle en propose une représentation quelle
soumet, prioritairement, au regard des habitants qu’elle s’est attachée à
côtoyer durant son processus de recherche et de création. Libre à eux, comme à
l’ensemble des regardeurs de l’œuvre protéiforme de Noémie Sauve, d’en apprécier le souffle poétique ou d’en
interroger la portée critique.
Raphaël
Abrille, février 2016
Raphaël
Abrille est conservateur-adjoint du musée de la Chasse et de la Nature
(à Paris et au Château de Chambord) depuis 2002. Il a contribué au
réaménagement muséographique du site parisien entre 2005 et 2007. Il
collabore au développement des musées de France consacrés à la
cynégétique: au musée de la Vénerie de Senlis, dont il est conservateur
(2005-2006) et au musée de la Chasse de Gien, où il contribue au
pilotage scientifique du projet muséographique (2008-2011). Au sein de
ces musées ou en tant que co-commissaire de la manifestation "Monuments
et Animaux" pour le centre des Monuments Nationaux (2011-2012), il
s'attache à élaborer un dialogue intime entre l'art contemporain et
lieux de patrimoine. Ses commissariats, recherches et publications
récentes portent tour à tour sur l'animalité dans la création
contemporaine, sur l'histoire des musées de chasse en Europe, sur la
mise en scène et la représentation du trophée, sur la peinture de chasse
de Gustave Courbet et sur l'histoire de la photographie cynégétique.
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