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mardi 25 juillet 2023

CHTHULUSCENES / Studio Bobert / Mondes Nouveaux

 18 dessins réalisés en 2022-23 pour le projet Chthuluscenes de Stéphane Bonnard et Jeanne Robert (Studio Bobert) avec Nathalie Blanc, Jean-Jacques Blanchon, Antoine Boute, Benoît Vincent, Anouk Lejczyk, Nicolas Chapoulier mais aussi les rencontres sur les sites explorés du projet comme à Port Saint Louis du Rhône pendant la résidence du groupe accueilli par Le Citron Jaune - Centre National des Arts de la Rue et de l'Espace Public


ci-dessus

« on a passé notre temps à chercher des entités auxquelles s’adresser pour leur poser des questions »

Nicolas

Chthuluscènes

à Port Saint-Louis du Rhône et ailleurs

2023

58 x 76 cm

stylo bic bleu, crayon de couleur et crayon fluo


ci-dessus

« La migration assistée par le rire et fertilisée à chaudes larmes »

Résidences Chthuluscènes

Port Saint-Louis du Rhône

2023

21 x 31 cm

stylo bic bleu et crayon de couleur


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« Là par exemple, c’est la dernière pluie qui a eu lieu en septembre, et qui est restée en surface. Il n’y a pas eu de régime éolien fort - Lydie

En une nuit, le Rhône a changé de cours, et on est en train de tuer le delta car il est en manque de sédiments, la Camargue s’enfonce d’un demi cm par an - François

Le moment où on se rend compte qu’on aurait mieux fait de ne rien faire… Et qui va expliquer ça? - François

La question qui se pose, c’est est-ce que l’attrait majeur du site ça reste sa « naturalité" - François »

Chthuluscènes

Port Saint-Louis du Rhône

2022

21 x 31 cm 

stylo bic vert, bleu et mine graphite


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« Le monde est condamné à inventer la vie - Jean-Jacques

Coupé du monde et de la puissance des autres - Jean-Jacques

Lui, il a été hyper loin dans le mouvement de la question - penser en terme de questions ; ce qui fait que ton monde s’effondre - Antoine

Savoir où il faudra être, ce qu’il y a à voir, où se passe l’action… rater, pour ne pas rater -discussion pendant la résidence Chthuluscènes »

Port Saint-Louis du Rhône

2022

21 x 31 cm 

stylo bic bleu, vert et noir, mine graphite


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« corps »

2023

21 x 31 cm 

stylo bic bleu


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« Quelle eau je fais rentrer? Notre seuil de tolérance a évolué. Cette terre, elle vient des Alpes, et elle a été déposée par le Rhône il y a 300 ans et ça raconte des histoires. Et des fois il dépose, apporte des histoires pas forcément sympas comme des pollutions etc…

///

« Hirondelles et rossignols venaient ici pour la reproduction. Mais à défaut de moustiques, ils se rabattent sur les fourmis, sauf qu’il y a des séquelles de l’acide formique sur les petits »

Lydie

Résidence Chthuluscènes

Citron Jaune à Port Saint-Louis du Rhône

2022

21 x 31 cm 

stylo bic, crayon de couleur et mine graphite



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« Avant, les gens ils avaient la culture du risque, de l’éphémère. Parce-que le littoral il bouge depuis toujours et d’une génération à l’autre, et les gens se transmettaient ça. Et personne ne cherchait à aller à l’encontre de ça. On s’adaptait. Les gens veulent garder les photos de ça. Mais du coup… Quelle Camargue protéger? Celle de 1950? 1960? 1970? 1870? »

François

résidence Chthuluscènes au Citron Jaune

Port Saint-Louis du Rhône

2022

9x14 cm

stylo bic et mine graphite



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« Qui a peur, couche dehors »

Jean-Jacques - résidence Chthuluscènes au Citron Jaune à Port Saint-Louis du Rhône 

2022

9x14 cm

stylo bic bleu



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« Les notifications qui colonisent ce paysage »

récit de Nicolas des résidences Chthuluscènes

2023

9x14 cm

stylo bic noir et bleu



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« Le monde qui naît avec nous, et celui qui le remplace, qui naît avant nous »

Chthuluscènes

Antoine

2022

9x14 cm

stylo bic



ci-dessus

« Les choses sont l’expression de leur milieu, les choses sont l’expression du reste, le reste qui s’exprime en choses »

Chthuluscènes

2022

9x14 cm

mine graphite



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« L’écriture, elle permet de mettre le monde à notre mesure - s’orienter - retrouver la mesure du sol comme outil d’orientation »

Jeanne

Résidences Chthuluscènes au Citron Jaune à Port Saint-Louis du Rhône

2022

9x14 cm

mine graphite, stylo bic bleu et noir



ci-dessus

« on a du mal à se projeter sur des choses qu’on n’imagine pas »

résidence Chthuluscènes au Citron Jaune à Port Saint-Louis du Rhône

2022

9x14 cm

mine graphite



ci-dessus

« les monstres sont des moyens pour dialoguer avec la démesure »

Jeanne

résidence Port Saint-Louis du Rhône

2022

9x14 cm

mine graphite et stylo bic



ci-dessus

« 1m2

tous les jours

ce qui vient d’ailleurs

ce qui faisait partie de ce m2 ou pas

les pensées »

Anouk - résidence Chthuluscènes

2023

9x14 cm

stylo bic bleu



ci-dessus

« Je l’ai gardé comme une fulgurante esthétique, mais je n’ai pas sû en faire quelque chose »

Jean-Jacques

Résidence Chthuluscènes au Citron Jaune à Port Saint-Louis du Rhône

2022

9x14 cm

stylo bic



ci-dessus

« Réseau d’entente et chemin d’accordance » 

par Jean-Jacques

résidences Chthuluscènes

2022

9x14 cm

mine graphite, stylo bic

ci-dessus
« géologies par dépliage »

2023

mine graphite


Scientifica #2




L'axe Arts, Cultures & Sciences de la Mission Interdisciplinarité(s) propose deux journées événementielles dans le cadre de la deuxième édition de Scientifica.

Après une première édition "pilote"de cet événement dédié à la rencontre arts/sciences et organisé par la mission Interdisciplinarité(s) en 2022, l’édition #2 de Scientifica se tiendra sur deux jours et présentera des projets/réalisations/productions proposés par une diversité de laboratoires, composantes et structures d’Aix Marseille Université.

16 & 17 juin 2023 – Aix-en-Provence – Le Cube – Campus Schuman

Pendant deux jours, Scientifica #2 propose d'ouvrir les portes du campus Schuman à Aix-en-Provence et de présenter des productions et des projets arts/sciences de manière participative et interactive, à destination tant des étudiants que du grand public et de publics spécifiques. Cette année, Scientifica privilégie des entrées thématiques : la mer, la lumière, l’environnement, humain/non humain, le monde de demain…

L’objectif est d’éveiller la curiosité et d’interpeller les visiteurs et les visiteuses sur la dimension esthétique des productions scientifiques et sur la dimension scientifique des productions esthétiques. Les différents secteurs (sciences humaines et sociales, sciences expérimentales, sciences de l’art, etc.) participent à cet échange original, qui mène artistes, chercheur.es et publics hors des sentiers battus. Comme pour la première édition, Scientifica #2, ce sera aussi : des temps de rencontre avec des artistes, des chercheur.es, des étudiant.es ; des temps forts avec des expériences inédites, immersives, des installations interactives ; un zoom sur les thèses recherche/création et arts/sciences ; des médiations participatives conçues pour différents publics ; des diffusions de vidéos  sur les projets/productions arts/sciences ; un petit salon avec une playlist préparée par Arte Campus ; des programmations sonores inattendues ; un espace de réflexion collective sur la société au prisme de l’art par le projet Ecole d’été, des moments de convivialité, etc.

Vous pourrez vous plonger dans le pôle Mer grâce à Océan, un espace avec des installations audio-visuelles d'Oksana Chepelyk, explorer la relation entre les fonds marins et la surface avec les œuvres et les travaux de Noémie Sauve, Camille Pradon, Laura Martin Person, Églantine Rousset, Javiera Tejerina, Nicolas Floch et découvrir la mer dans l'histoire de l'art dans l'atelier participatif du projet Biodivarquart.

Vous pourrez aussi explorer les frontières entre humain et non humainen découvrant comment un perroquet peut faire ses courses sur internet, assisté par Alexa, dans She was called Petra, de Damien Beyrouthy, ou en vous laissant enchanter par l’exposition L’art de la science ou le projet Ethnomimétisme.

Vous jouerez une harpe laser et vous entendrez bouger la forêt amazonienne dans le travail de Benjamin Just, porté par la plateforme MAS et le Laboratoire de mécanique acoustique…

…et bien d'autres choses !

programme ICI

détails des œuvres ICI




Amour, gynécologies, valeurs et sociétés... dans l'espace temps /// carte blanche pour Radio Plouf 2023 /// CCNRB

Voici le lien vers ma carte blanche écrite pour le Centre Chorégraphique National de Rennes et de Bretagne et que je dédicace complètement à ma chère amie Céline Gallet. Merci au collectif FAIR-E pour l’ invitation.

Merci à Nicole Vereau Kraemer pour pour sa contribution. Et à toutes ces personnes que je cite et reprends bien sûr.



Le quotidien de l'art / Prix Balzac pour la création contemporaine 2023



 

Lauréat•e•s du prix Balzac pour la création contemporaine 2023!

Nous sommes lauréats !!! Merci au jury du prix Balzac pour la création contemporaine de nous avoir choisis Sylvain Parisot chef du restaurant Jeanne-Aimée à Paris et moi-même pour cette édition 2023. Nos « métamorphoses de la fougère » sont nées du Lys dans la vallée, inspirées des cuisines de David Sechard et de son invention de papier qui soutien les rêves d’ écritures des illusions de Rubempré. Elles se camouflent et nous soclent comme Vautrin, les artisans se mêlent aux destins des autres et recréent des cérémonies qui nous soclent. 
photos :Claire Curt






Plateau tv aussi sur France 3 au 18.30 avec Jean-Baptiste Pattier. Merci à Florence Briat-soulié présidente du Prix Balzac, à Guy Savoy président du jury et tous les membres du jury 2023! Merci spécial à Laetitia Flahault Launiau à la Maison de Balzac et Yves Gagneux.


samedi 6 mai 2023

Jury Prix Balzac 2023 pour la création contemporaine

“Dans sa nouvelle Gambara,  parue en 1837 et reprise dans La Comédie humaine, il érige ainsi la cuisine à l’égal de la peinture, de la sculpture, de la musique. Balzac est cet écrivain formidable qui ne laisse pas de nous séduire précisément parce qu’il embrasse tous les arts, multiplie les accords et se joue des disciplines. Pour cette deuxième édition du Prix Balzac pour la création contemporaine, il me paraissait naturel d’associer deux artistes, un cuisinier et un plasticien. Ensemble, ils liront La Comédie  humaine, ensemble, ils créeront deux œuvres en miroir pour « saisir l’esprit, l’âme, la physionomie des choses et des êtres » comme Honoré de Balzac les y invitent dans Le Chef-d’œuvre inconnu”

— Florence Briat-Soulié, présidente du prix Balzac pour la création contemporaine.

Le jury présidé par Guy Savoy entouré du chanteur Benabar, des artistes Eva Jospin et Fabrice Hyber, membre de l’Institut, de Bruno Dubois, professeur de neurologie, directeur de l'institut de la mémoire et de la maladie d'Alzheimer - (AP-HP), de Stéphane Layani, président du marché de Rungis, de Colette Barbier présidente de la Source Paris ou encore d’Yves Gagneux, directeur de la Maison de Balzac, de Romy Richter et Hector Arroyo, Associés chez Allen & Overy, partenaire du prix, de Florence Briat-Soulié, présidente du prix et de Florence Calvet, administrateur du Cercle des Amis de la Maison de Balzac (comité gastronomique ) distinguera un duo gastronomie et arts plastiques pour son édition 2023

_______


«Vous me donnerez un chaudron pour faire ma pâte, puis vous irez me chercher des tiges d’artichaut, des tiges d’asperges, des orties à dard, des roseaux que vous couperez aux bord de votre petite rivière. Demain matin, je sortirai de votre cellier avec du magnifique papier… » Disait David Séchard à son père dans les Illusions perdues de Balzac.


En lisant la Comédie Humaine de Balzac, il nous a semblé que les repas catalysaient des moments clés de transformations réelles ou fantasmées. Ici nous prenons la fougère du Lys dans la Vallée pour créer le lien d’une cuisine d’illusions à voir et à manger. La fougère peut être ingérée, peut être utilisée pour la fabrication du papier (matériau cher à Balzac dont il décrit beaucoup de principes et d’histoire notamment par le biais de l’imprimerie), la cendre de fougère, la potasse, était ajoutée au « verre de fougère » comme fondant au sable. Le verre permet de passer de la transformation à l’illusion. On pousse plus loin la transformation, Comme le repas qui nous change d’état, nous rassasie, nous endort, nous enivre. Nos préparations à voir et à manger se cuisinent sur un fond liant animal (colle de peau de lapin, lard fondu), où les instincts et les civilités s’organisent plus ou moins bien vers des formes imprévisibles. Pour la scénographie du jury, nous avons moulé nos mains d’artisans- L’artisan invente avec ses mains une matière transformée et soutient le rêve perdu des autres comme David Séchard soutient Lucien de Rubembré. Cette œuvre nous fait perdre nos repères. Ce paysage est-il toxique ou comestible? Animal ou Végétal?


Sylvain Parisot et Noémie Sauve


LES METAMORPHOSES DE LA FOUGÈRE 
-le papier qui se transforme en verre-
3 TABLEAUX
1 PLAT
1 SCENOGRAPHIE DE CENACLE
-le jury place ses mains dans le moulages des mains des artisans 
pour accueillir le plat et sa transformation -

cadres 63x63cm
papier de fougère, sable, colle de peau de lapin, cendre de fougère, fougère et verre soufflé
socle en bois, papier et métal











photos ©Claire Curt pour le Prix Balzac pour la CréationContemporaine


 

mardi 18 avril 2023

réflexion autour de l'œuvre de Balzac pour le prix Balzac 2023

LES METAMORPHOSES DE LA FOUGÈRE

PAR SYLVAIN PARISOT & NOÉMIE SAUVE

PRIX BALZAC 2023


PRÉSENTATION RÉSUMÉE GLOBALE:


«Vous me donnerez un chaudron pour faire ma pâte, puis vous irez me chercher des tiges d’artichaut, des tiges d’asperges, des orties à dard, des roseaux que vous couperez aux bord de votre petite rivière. Demain matin, je sortirai de votre cellier avec du magnifique papier… » Disait David Séchard à son père dans les Illusions perdues de Balzac.


En lisant la Comédie Humaine de Balzac, il nous a semblé que les repas catalysaient des moments clés de transformations réelles ou fantasmées. Ici nous prenons la fougère du Lys dans la Vallée pour créer le lien d’une cuisine d’illusions à voir et à manger. La fougère peut être ingérée, peut être utilisée pour la fabrication du papier (matériau cher à Balzac dont il décrit beaucoup de principes et d’histoire notamment par le biais de l’imprimerie), la cendre de fougère, la potasse, était ajoutée au « verre de fougère » comme fondant au sable. Le verre permet de passer de la transformation à l’illusion. On pousse plus loin la transformation, Comme le repas qui nous change d’état, nous rassasie, nous endort, nous enivre. Nos préparations à voir et à manger se cuisinent sur un fond liant animal (colle de peau de lapin, lard fondu), où les instincts et les civilités s’organisent plus ou moins bien vers des formes imprévisibles. Pour la scénographie du jury, nous avons moulé nos mains d’artisans- L’artisan invente avec ses mains une matière transformée et soutient le rêve perdu des autres comme David Séchard soutient Lucien de Rubembré. Cette œuvre nous fait perdre nos repères. Ce paysage est-il toxique ou comestible? Animal ou Végétal?


PRÉSENTATION DES MÉTAMORPHOSES À VOIR

NOÉMIE : 


En lisant ou re-lisant la Comédie Humaine de Balzac, il nous a semblé que les repas catalysaient des moments clés de transformations réelles ou fantasmées. 


Une volonté de s’oublier ( peau de chagrin ) ou s’oublier involontairement ( splendeurs et misères des courtisanes ) changer ou vouloir changer de statut social ( Le Père Goriot, Illusions perdues ) se faire inviter et aimer dans un foyer ( La Rabouilleuse ) puis s’isoler par manque d’amour ( Une double famille ) ou pour rejoindre une autre communauté et quitter le cénacle et les bouillons de pauvres ( Illusions perdues encore ).


Les repas sont aussi des drapés, des vaisselles, des ivresses, des chaleurs, des gourmandises dans lesquelles se jouent d’autres enjeux politiques mis en scène par les femmes, aux couleurs des addictions : à un titre, à un aliment ( le vin, le café pour Balzac ) - Ingrédients obsessionnels des rêves qui nous tuent. 


Nos préparations à voir et à manger se cuisinent sur un fond liant animal (colle de peau de lapin, lard fondu), où les instincts et les civilités s’organisent plus ou moins bien vers des formes imprévisibles. 


Nous avons alors cherché, comme un lys dans la vallée, l’ingrédient qui traverserait nos métamorphoses à Sylvain et à moi-même, à cueillir dans nos paysages… 


Dans la Comédie Humaine, le destin dépasse le personnage, le traverse. Il est plutôt le porteur que l’acteur, comme en cuisine : l’aliment peut jouer différents rôles, être bon ou mauvais selon le cheminement, le contexte. L’immensité des choix ne fait que renforcer le caractère fatidique du destin. 


La transformation, les transparences et les opacités se mettent en scène. Les justices ne sont pas linéaires, les héros ne sont pas doués. Il n’y a pas de justice unique.


Ces flux sont des architectures invisibles, comme l’air qui souffle et forme le verre. Une fois que les propriétés plastiques, mécaniques du verre sont usées, on ne peut plus retourner souffler dedans pour le former. Il est cassant et ne se laisse plus négocier. 


Le verre permet de passer de la transformation à l’illusion. On pousse plus loin la transformation, Comme le repas qui nous change d’état, nous rassasie, nous endort, nous enivre.


Ces transformations sont celles de l'oeuf, de la création, du génie. David Séchard prend les tiges d’artichaut, les tiges d’asperges, les orties, les roseaux pour créer le papier parfait, cuisine dans l’ombre une recette guettée…


L’artisan invente avec ses mains une matière transformée et soutient le rêve perdu des autres (comme celui de Lucien de Rubempré) qui prend pourtant la première place dans les « remake » où le travailleur s’efface et sans lequel, pourtant, plus rien ne se met en relief.


Ici nous prenons la fougère du Lys dans la Vallée pour créer le lien d’une cuisine d’illusions à voir et à manger. La fougère peut se manger, peut être utilisée pour la fabrication du papier, sa cendre, la potasse, était ajoutée au « verre de fougère » comme fondant au sable.



PRÉSENTATION DES MÉTAMORPHOSES À MANGER

SYLVAIN :


«Vous me donnerez un chaudron pour faire ma pâte, puis vous irez me chercher des tiges d’artichaut, des tiges d’asperges, des orties à dard, des roseaux que vous couperez aux bord de votre petite rivière. Demain matin, je sortirai de votre cellier avec du magnifique papier… » Disait David Séchard à son père dans les Illusions perdues de Balzac.


Nous vous avons réuni autour de cette table de papier de fougère dans la quelle nous avons moulé nos mains d’artisans. Ainsi, vous vous soumettez la transformation que nous vous proposons. Une certaine version du repas Balzacien tel un nouveau cénacle des illusions perdues (un cénacle de 13 personnes nous semblait plus Balzacien…/ 13 moulages de mains plutôt que 12 pour les 12 membres du jury). Un rituel où ces codes sociaux sont souvent lissés, où les manières peuvent laisser place au guet-apens du repas ou encore à l’aurore de l’ivresse.


Cette préparation retranscrit la transformation des aliments que nous avons choisi. Les faisant passer d’un statut modeste d’aliment courant et sans rareté à des aliments exceptionnels dû au changement d’état que la main de l’homme leur a octroyé.


Cette oeuvre nous fait perdre nos repères : Ce paysage est-il toxique ou comestible? Animal ou végétal? À l’image de Vautrin dans l’oeuvre de Balzac. Elle nous intrigue, nous déstabilise. 

Elle pourrait nous changer nous-même d’état, nous stopper dans notre désir d’ivresse.


Cette cuisine d’illusions, comme le disait Noémie, pourrait se révéler surprenante et délicieuse si tous ces éléments une fois réunis donnaient naissance à l’alchimie parfaite.


L’autre facette abordée par cette préparation est l’obsession, voir l’addiction. Un jeu auquel nous vous invitons. Ici, cela est représenté par des choix d’aliments riches en acides glutamiques, un exhausteur de goût naturel qui est obtenu par maturation et décomposition des aliments.( Ici le Kombu, l’oeuf, la levure, l’ail)


Pour finir, j’ajouterais que les ingrédients, mais plus précisément les techniques, se font échos entre l’oeuvre de Noémie et la mienne. Comme dans la création de son papier, ces métamorphoses de la fougère, sont ici des mues nées de la cendre et des matières organiques.



RECETTE

NOÉMIE :


Cueillir des fougères

Les faire sécher avec du papier de soie (fibres de mûrier à papier ou murier de chine)

Tamiser et filtrer le mélange

verser la préparation sur un torchon tendu

Laisser sécher la préparation quelques jours


Une fois sèche, décoller la préparation devenue « papier de fougère »


Déposer cette nouvelle feuille sur un support hermétique


mettre à chauffer de la colle de peau de lapin trempée. L ‘étaler au pinceau autour du papier pour créer une surface d’accroche liante entre le papier et les formes à venir en sable, fougère et verre.


Saupoudrer de cendre de fougère puis de différents sables pour créer un effet de dégradé. Laisser sécher deux jours puis décoller cette peau armée de sable.


Placer le verre soufflé au bout du dégradé vers les transparences.



RECETTE SIMPLIFIÉE 

SYLVAIN :


Coque fragile de papier de kombu, tapissée d’une feuille de capucine, farce de champignons, renfermant un cœur d’artichaut confit au lard farcis d’une crème de levure de bière dissimulée sous une lamelle d’œuf de 100 ans, ponctuée d’une pâte d’ail noir. Paysage imbriqué minuscule au creux de votre main, décoré d’une crosse timide de fougère aigle domestiquée et d’une algue croustillante dynamique parsemée de chips de pousses d’érable volantes.



RECETTE COMPLÈTE

SYLVAIN :


RECETTE DES MÉTAMORPHOSES DES FOUGÈRES

POUR 10 PERSONNES

COQUES DE KOMBU :

- 500g d’eau

- 50g de fécule de tapioca

- 50g de feuille de Kombu au vinaigre raboté

- 2g de sel

Faire bouillir l’eau puis verser sur la fécule de tapioca.

Bien fouetter, étaler cette préparation à 2mm d’épaisseur sur un silpat.

Effeuiller le Kombu et le coller sur la pâte de tapioca.

Faire sécher au four pendant 1 nuit à 60°C hourra ouvert.

Le lendemain, réhydrater rapidement la feuille dans l’eau.

Détailler à l’emporte pièce à la taille voulue.

Appliquer les feuilles sur un œuf préalablement huilé.

Faire sécher à nouveau au four pendant 3h à 60°C.

Démouler et stocker dans un endroit sec.

FOUGÈRE :

- 10 crosses de fougère

- 1L d’eau

- 100g de cendre de bois

Faire macérer pendant 6 jours dans l’eau froide mélanger à la cendre.

Retirer les fougères.

Porter à ébullition le mélange eau - cendres.

Blanchir minimum 1 minute puis les refroidir dans un récipient d’eau glacé.

Les effiler légèrement.

CRÈME DE LEVURE :

- 5 oeufs

- 50g de crème fraîche épaisse 60%

- 6g de levure de boulanger sèche torréfiée

- 10g de pâte de sauce soja

Dans un thermomix, mettre tous les éléments ensemble.

Mélanger en chauffant jusqu’à 90°C pendant 4 minutes.

Mettre en poche à pâtisserie.

Conserver au frais.

PÂTE D’AIL NOIR :

- 1 tête d’ail

- 10g d’huile d’olive

Faire sécher une jolie tête d’ail pendant 8h au déshydrateur à 60°C.

L’envelopper dans du papier aluminium et la mettre sous - vide.

Remettre au déshydrateur à 60°C pendant 3 semaines.

Éplucher et garder seulement la chair puis mixer avec l’huile d’olive.

Mettre en poche à pâtisserie.

ARTICHAUTS :

- 10 artichauts poivrade

- 200g de lard de colonnata fondu

- 1/2 botte de sauge

- Quelques brins de thym

- Pm = acide ascorbique

Tourner les artichauts.

Les réserver dans une eau acidifiée.

Faire chauffer le gras de cochon avec les aromates jusqu’à 85°C.

Immerger les artichauts dans le gras et confire pendant 35 minutes.

FARCE OIGNONS SHIITAKE :

- 4 jolis oignons

- 30g de shiitake séché et pulvérisé

- 100g de jus de champignons réduit à glace

- 60g de beurre

Faire confire à couvert les oignons ciselés avec le beurre.

Ajouter les 30g de poudre de shiitake et les 100g de glace de champignons.

Cuire jusqu’à obtenir une forme compacte.

OEUF DE CANARD DE 100 ANS :

- 3 oeufs de canard de 100 ans

Mettre à congeler les œufs pendant 1 nuit.

Trancher à 2 mm d’épaisseur à la machine à jambon.

Réserver.

CHIPS D’ÉRABLE :

- jeunes pousses d’érable

- huile d’olive

- Pm = sel

Tendre un film plastique sur une assiette, le huiler avec de l’huile d’olive.

Étaler les feuilles sur ce film et sécher à 60°C pendant 2 heures.

ASSEMBLAGES

Dans une coquille de mue de peau de Kombu, déposer une feuille de capucine pour isoler, puis à

la poche à pâtisserie, faire un gros point de farce de champignons.

Ensuite, placer le fond d’artichaut préalablement égoutté et séché. Le farcir de crème d’œuf à la

levure.

Recouvrir ces préparations d’un voile d’oeuf de 100 ans et planter la fougère badigeonné de

crème d’ail noir dans le jaune d’oeuf.

Décoration : feuille d’érable et Kombu frit.


PRÉSENTATION NOÉMIE SAUVE:

Noémie Sauve est une plasticienne curieuse des matériaux, dont elle explore les formes et les mécaniques pour dresser des iconographies de ses terrains d’enquête. Dans le Chef-d’œuvre inconnu, Maître Frenhofer, nous dit que la mission de l’art n’est pas de copier la nature, mais de l’exprimer. Ainsi, les recherches graphiques autour de l’animal ou du paysage servent ici de point de départ à un questionnement autour de nos libertés, de notre autonomie et de notre complexité. La passion pour l’atelier et les techniques artisanales rapproche également notre artiste de l’auteur de la Comédie humaine, ces éléments leur permettant de sonder les représentations et les imaginaires sociaux qu’ils libèrent. Depuis sa résidence Tara Pacific en 2018, on l’assimile davantage aux sujets liés à la science et l’écologie, mais cela serait trop réducteur, à moins d’entendre l’écologie strictement comme « l’effet du tout sur le tout ». Son parcours atypique l’amène à défendre de front de nombreux projets attenants, comme le Fonds d’Art Contemporain Agricole de l’association Clinamen (FACAC) ou encore le collectif OUVRAGES initié en 2020, qui organise des expositions et des résidences. Actuellement, Noémie Sauve donne forme à des dessins de sel, des sculpture en lave de cristal et en bronze fluorescent inspirés de sa récente résidence à Vulcano, dans les Îles Éoliennes de Sicile, où elle a réalisé un film sur les pratiques agricoles locale soutenu par le programme « Géohéritage » de l’UNESCO. 


Le jury présidé par Guy Savoy entouré du chanteur Benabar, des artistes Eva Jospin et Fabrice Hyber, membre de l’Institut, de Bruno Dubois, professeur de neurologie, directeur de l'institut de la mémoire et de la maladie d'Alzheimer - (AP-HP), de Stéphane Layani, président du marché de Rungis, de Colette Barbier présidente de la Source Paris ou encore d’Yves Gagneux, directeur de la Maison de Balzac, de Romy Richter et Hector Arroyo, Associés chez Allen & Overy, partenaire du prix, de Florence Briat-Soulié, présidente du prix et de Florence Calvet, administrateur du Cercle des Amis de la Maison de Balzac (comité gastronomique ) distinguera un duo gastronomie et arts plastiques pour son édition 2023.

Cinq cuisiniers et cinq artistes plasticiens seront invités à collaborer pour créer une œuvre jumelée : la recette originale dun plat et une œuvre inédite (peinture, sculpture, dessin ...), toutes deux inspirées de la Comédie humaine dHonoré de Balzac. récompensera un duo cuisinier / artiste en 2023


exposition Allen & Overy Paris / PRIX BALZAC 2023